Special things // Special Songs

Touch Me – The Doors. Le cabaret rock

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Le problème des révolutions, c'est qu'elles engendre des gens pas foncièrement marrants. Un peu taciturne, les Robespierre, les Mao. Ils écoutaient quoi ces gens-là ? Des marches militaires ? Quelle bande-son idéale pour guillotiner quelqu'un ? J'aimerai vraiment connaître le contenu de la discothèque de Laguillet ou Besancenot.

A un moment donné, le rock a voulu changé le monde. Ca n'a pas vraiment marché. La génération suivante pensait à peu de choses près que face à l'impossibilité de créer un nouveau monde, elle pourrait toujours détruire celui-là, et puis on verra bien. Johnny Roten fait de la téléréalité. Iggy Pop chante pour SFR. Sans porter de jugement, on peut dire que ça n'a pas marché non plus.

Mais revenons-en à la première tentative. Un grand charnier au Vietnam, le batteur des Doors, John Densmore, racontera que des "kids" sont morts là-bas en écoutant "Break On Through". En 1968, les Doors sortent l'album "Waiting for the sun". Sur la chanson "The Unknown Soldier", Morisson déclare "the war is over", un peu comme Napoléon avait "déclaré la paix" à l'Europe.

Il y a les choses connues, et les choses inconnues. Entre les deux, il y les "Doors". C'est ainsi que Jim Morisson définissait le groupe.

Mais les Doors étaient aussi entre deux autres choses. Une ambition de révolution, une envie de changer le monde, assez courante chez leurs contemporains. Et l'ambition plus poétique, portée par Morisson, de révolution plus intérieure. Le révolution intérieur du Roi Lézard finira, comme lui, dans une baignoire parisienne.

Mais elle était foutue bien avant, de même que la révolution au sens large.

"Touch Me" sort en single en décembre 68, et se retrouve également sur l'album "The Soft Parade" qui suivra. C'est une chanson d'amour. D'amour charnel et charnu mais d'amour quand même. Pourtant, cette chanson, écrite par la guitariste Robby Krieger, est au départ une chanson de combat. Au départ, elle s'appelle "Hit Me". Frappe moi, une provocation de Krieger écrite après une dispute avec sa copine de l'époque. "C'mon C'mon C'mon C'mon, hit me baby. Can't you see, that i'm not afraid".

Morisson n'en veut pas. Il insiste pour changer les paroles et transformer "Hit Me" en "Touch Me". Comme il rayera plus tard un appel aux armes dans une autre chanson du groupe.

En mars 1969, donc entre la sortie de "Touch Me" et celle de l'album, The Doors sont en concert à Miami. Pété comme un coing et méchamment à la bourre, Morisson traite le public de "bande d'abrutis". Il aurait fini le concert à poil, après moultes divagations. L'une d'elle est intéressante. Voici ce que Morisson aurait dit:

"Ecoutez, maintenant. Je pensais que tout ça n'était qu'une vaste blague. Je pensais que c'était une chose dont il fallait rire. Mais ces dernières nuits, j'ai rencontré des gens qui faisaient des choses ! Ils essayaient de changer le monde ! Et moi, je veux être de la partie ! Je veux changer le monde. Yeeaaaah. Le changer."

Morisson signe-t-il finalement pour la grande croisière hippiesque ? Finalement non, il restera sur le quai, avec sa bouteille et ses poèmes.

"Ecoutez, je ne parle pas de révolution, je ne parle pas de manifestations. Je parle de se marrer. Je parle de danser. Je veux vous voir vous lever et danser. Je veux vous voir danser dans les rues cet été. Je veux que vous vous amusiez. Courir. Peindre la ville. Crier. Je veux que tout le monde s'amuse."

Il finit en beuglant: "Tout ce que vous voulez. Faites le ! Faites le !". Franchement, se faire chier à changer le monde, finir dictateur peut-être, aigri sûrement, pour que au cas où ça marche, ce soit les suivants qui en profite, quel intérêt, hein Jim ?

Avant ou après, les Doors jouent Touch Me. Chansons spéciales pour les raisons expliquées plus haut, mais aussi parce que musicalement, les Doors touchent le music-hall plutôt que le rock. Avec ces cordes, ces cuivres, le sax de Curtis Amy. Morisson n'est plus un chanteur de rock sur "Touch Me", mais un entertainer. Pour tout ça, certains ont accusé les Doors de se vendre au mainstream, de prendre leur carte au parti du succès facile.

J'y vois plutôt une déclaration de paix au rock dans ce qu'il a d'énervé et de, parfois, énervant. Le rock sérieux, le rock conscient, le rock à ambition sociale. Ce n'est QUE de la musique.

Touch Me – The Doors

La vidéo-bonus: j'aurais pu mettre les Doors jouant "Touch Me". Mais une fanfare scolaire américaine jouant "Touch Me", c'est vachement plus drôle à voir.

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14 May, 2006 Posted by | 60's, music | 6 Comments

Like A Rolling Stone, l’âme des Sixties ? (feat. Greil Marcus)

Dylan en 1965 par Jerry SchatzbergNous sommes le 15 Juin 1965, dans le studio A de la maison de disques Columbia…

C’est ainsi que doit commencer ce billet. Mais c’est aussi comme ça que commence “Like A Rolling Stone, Bob Dylan à la croisée des chemins” de Greil Marcus. Pour les 40 ans de la chanson, il lui consacre près de 250 pages. Billet fainéant, puisqu’il se résume à présenter ce bouquin. Greil Marcus est à Lester Bangs et autres gonzo journalistes ce que Charlie Watts est aux Rolling Stones: le moins apparement rock’n’roll du lot. Sauf que ses bouquins vont plus loin. Greil Marcus cherche les racines, les raisons et les mythes derrière la musique. Le psychanaliste du rock américain en somme.

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17 February, 2006 Posted by | 60's, music | 5 Comments

I am the Walrus, le puzzle psyché du Joker

Lennon par Richard AvedonNous sommes en 1967. La beatle-mania bat son plein, les fans cherchent des messages cachés dans chaque syllabe des Fab Four, et leur pop magique est déjà une institution.

John Lennon trouve, dans la montagne de courrier de sa légion d’admirateurs, une lettre d’un élève de la Quarry Bank Grammar School, où Lennon a fait une partie de ses études. Un professeur avait lancé ce pronostic hasardeux à son égard: “Cet élève est destiné à échouer en tout”. Le jeune fan lui explique que son maître de littérature anglaise fait étudier les paroles des Beatles. Lennon, amusé et sous acide, décide de lui en donner pour son argent. Ecrire une chanson qui laisserait perplexe les profs les plus érudits et les plus déterminés. Telle est la genèse de “I am the Walrus”. Sans relever le gant lancé par Lennon, il est amusant de retrouver la provenance des différentes pièces du puzzle…

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4 February, 2006 Posted by | 60's, music, pop | Leave a comment

You really got me, le rock martyrisé

kinks.jpg Les Kinks, c’est l’histoire de plein de chansons et des frères Davies, dont l’un (Ray) sera plus important que l’autre (Dave photo). Parcequ’il est le songwriter principal du groupe mais surtout un parolier au statut unique dans l’histoire du rock anglais. Mais en 1964, nous n’en sommes pas encore là…

Les Kinks (de “kinky”, vicelard ou pervers en slang) ont sorti en février “Long Tall Sally”, une reprise de Little Richard. Flop aux charts, alors qu’en juillet, les Beatles trônent pendant 7 semaines au sommet avec leur propre reprise (“Long Tall Sally” est d’ailleurs le tout dernier titre joué lors de leur dernier concert public, le 29 août 1966 au Candlestick Park de San Francisco). Entre temps, en avril, les Kinks ont sorti “You still want me”. Deuxième échec.

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22 January, 2006 Posted by | 60's, music, Rock | 1 Comment