Special things // Special Songs

Like A Rolling Stone, l’âme des Sixties ? (feat. Greil Marcus)

Dylan en 1965 par Jerry SchatzbergNous sommes le 15 Juin 1965, dans le studio A de la maison de disques Columbia…

C’est ainsi que doit commencer ce billet. Mais c’est aussi comme ça que commence “Like A Rolling Stone, Bob Dylan à la croisée des chemins” de Greil Marcus. Pour les 40 ans de la chanson, il lui consacre près de 250 pages. Billet fainéant, puisqu’il se résume à présenter ce bouquin. Greil Marcus est à Lester Bangs et autres gonzo journalistes ce que Charlie Watts est aux Rolling Stones: le moins apparement rock’n’roll du lot. Sauf que ses bouquins vont plus loin. Greil Marcus cherche les racines, les raisons et les mythes derrière la musique. Le psychanaliste du rock américain en somme.

Donc Marcus, obsedé entre autre par Dylan, consacre un pavé à une unique chanson. Tire tous les bouts de la pelote de laine, coupe les cheveux de hippies en quatre, explore toutes les connexions, toutes les anecdotes. J’ai honte. Et donc j’arrête là. Extraits:

Ce jour de 1963, dans le New Jersey, la voix de Dylan était éraillée, tortueuse, et en même temps absente, comme s’il s’agissait davantage d’une suggestion que d’une proclamation. C’était une voix qui évoquait des routes bloquées, des labyrinthes à demi éclairés remplis d’indices et de signes, le tout entrecoupé d’un humour distant et rusé, et un sens des secrets qui sont trop précieux pour être divulgués. La performance était à la fois sans prétention, sans visage, unique, perverse, agréable et effrayante. (…). Si je raconte cette histoire tellement ordinaire, c’est que cette première fois où j’entendis la voix de Dylan ne fut que la première des premières fois.

Mais quand la chanson atterrit sur les ondes, quand les gens l’entendirent et découvrirent qu’elle ne parlait pas d’un groupe, ils réalisèrent alors qu’elle ne s’expliquait absolument pas d’elle-même, et qu’au fond, cela n’avait aucune importance. Dans le déluge des paroles et des instruments, les gens comprirent que la chanson n’était rien de moins qu’une réécriture du monde.

Rien que ça. J’ai 24 ans. “Like A Rolling Stone” est visiblement, pour les gens qui étaient jeunes en 1965, une chose qui leur a permis de le rester un peu. Une révolution intérieure. Pour moi, c’est juste une trés belle chanson. Ce qui accrédite la thèse de Marcus selon laquelle “Like A Rolling Stone” a été écrite par les Sixties plus que par Dylan. On sait que les chansons -certaines d’entre elles- ont une âme. La question ne se pose pas pour Like A Rolling Stone. Mais, sans aller jusqu’à dire qu’elle a dépassé sa date de péremption, l’âme de cette chanson ne sent-elle pas un peu le formol, à force de sacralisation ? Un auditeur de mon âge peut-il, malgré le paneau “attention, sacré” et à travers les couches d’éloges et de cire, toucher l’âme de “Like A Rolling Stone”, c’est à dire sentir à son écoute ce que Greil Marcus et tant d’autres ont senti ? Greil Marcus, avec son bouquin, ne se fait-il pas un peu taxidermiste (croque-mort ?), empaillant l’oeuvre de Dylan pour être sûr qu’on garde une trace de ce moment, quand tous les enfants des sixties seront six pieds sous terre…

Question subsidiaire mais majeure: à propos de quelle chanson pourrions nous légitimement écrire la même chose que Greil Marcus pour “Like A Rolling Stone”. Sur quelle chanson des 90’s a-t-on le droit, sans trop passer pour un con, d’écrire 250 pages ? Je ne vois que “Smell Like Teen Spirits”, pour le moment, mais j’attend toute suggestion.


“Like A Rolling Stone, Bob Dylan à la croisée des chemins”
par Greil Marcus est édité par Galaade, et traduit en français par Thierry Pitel. 21 euros.

17 February, 2006 - Posted by | 60's, music

5 Comments »

  1. autre chanson : Killing in the name on

    Comment by BBlack | 3 April, 2006 | Reply

  2. Killing in the name of, plutôt ?

    Alors oui, mais non.

    J’adore RATM, vraiment, pour diverses raisons, j’y reviendrai ici-même très certainement. Mais je ne crois pas qu’on puisse dire que Killing… ait eu le même impact que Smell Like Teen Spirit.

    Il y a bien 2 points communs:

    – ces deux chansons ont pu éveiller une certaine “conscience” chez des gens à leur époque, bien que ce ne soit pas la même.

    – plus important, ce sont les 2 seuls chansons qui font encore sauter les gens dans tous les sens pour ceux qui étaient ados à leurs sorties.

    Mais Smell Like Teen Spirit a tout rasé sur son passage, y compris Michael Jackson dans les charts. RATM, c’était moins évident. Et puis, si on peut trouver des points communs entre Dylan et Cobain dans le rôle qu’ils ont eu envers la jeunesse, on ne peut pas mettre sur un même plan Dylan/Delarocha ou même Cobain/Delarocha. RATM, c’est qd même vachement moins subtil, moins… supérieur.

    Comment by stss | 7 April, 2006 | Reply

  3. Ihave arecord of 1964 ‘five by five” of the Rollings stones, are you interested?
    sylvie.denys@free.fr

    Comment by denys | 19 June, 2006 | Reply

  4. J’ai un dique de 1964 des rollings stones avec Brian Jones,étes vous intéressé

    Comment by denys | 19 June, 2006 | Reply

  5. I am just amazed at how well you write! Keep-on going you are just so good… mary

    Comment by Blogs, news and more! | 12 January, 2007 | Reply


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