Special things // Special Songs

I am the Walrus, le puzzle psyché du Joker

Lennon par Richard AvedonNous sommes en 1967. La beatle-mania bat son plein, les fans cherchent des messages cachés dans chaque syllabe des Fab Four, et leur pop magique est déjà une institution.

John Lennon trouve, dans la montagne de courrier de sa légion d’admirateurs, une lettre d’un élève de la Quarry Bank Grammar School, où Lennon a fait une partie de ses études. Un professeur avait lancé ce pronostic hasardeux à son égard: “Cet élève est destiné à échouer en tout”. Le jeune fan lui explique que son maître de littérature anglaise fait étudier les paroles des Beatles. Lennon, amusé et sous acide, décide de lui en donner pour son argent. Ecrire une chanson qui laisserait perplexe les profs les plus érudits et les plus déterminés. Telle est la genèse de “I am the Walrus”. Sans relever le gant lancé par Lennon, il est amusant de retrouver la provenance des différentes pièces du puzzle…


Il demande à son ami d’enfance Pete Shotton s’il se souvient de la comptine qu’ils chantaient à Quarry Bank. Il lui récite un passage:

“Yellow matter custard, green slop pie,
All mixed together with a dead dog’s eye,
Slap it on a butty, ten foot thick,
Then wash it all down with a cup of cold sick
Ce que Lennon recycle aussi sec en :

“Yellow matter custard
Dripping from a dead dog’s eye”

On retrouve ces deux vers dans le deuxième couplet du “produit fini”… Sur sa lancée, Lennon réalise un patchwork à partir de trois projets de chansons inaboutties: un passage qui lui a été inspiré dans son jardin de Weybridge, un autre sur des céréales, et enfin cette phrase: “Mr. City Policeman”, inspirée, ainsi que la mélodie générale de la chanson, par une sirène de police.

A ces éléments déjà passablement azimuthés, Lennon ajoute, entre autre:

  • Une parodie d’un vers de “Marching to Pretoria” de The Weavers. La phrase originale, “I’m with you and you’re with me and we are all together”, devient sous la plume de Lennon “I am he as you are he as you are me and we are all together”. Qui n’a aucun sens avant au moins la troisième relecture.
  • Un morse (Walrus) et un homme-oeuf (Eggman). Le Morse provient d’un poème de Lewis Caroll, Le Morse et le Charpentier. Dans une interview accordée en 1980 à Playboy, Lennon raconte: “It never dawned on me that Lewis Carroll was commenting on the capitalist and social system. Later, I went back and looked at it and realized that the walrus was the bad guy in the story and the carpenter was the good guy. I thought, Oh, shit, I picked the wrong guy.” On retrouvera le morse à deux occasions. Sur “Glass Onion” sortie en 1968, Lennon écrit “The walrus was Paul” pour emmerder le monde, de son propre aveu et de celui de McCartney. En 1970, Lennon conclue l’affaire du Morse: “I was the Walrus, but now I’m John” dans God, présente sur l’album Plastic Ono Band. Quant à l’homme-oeuf, il proviendrait également de l’oeuvre de Lewis Caroll, et de son personnage Humpty-Dumpty. A moins que la paternité n’en revienne au peintre Jérome Boch et à son triptyque “Le jardin des délices”, largement aussi halluciné que les paroles de Lennon… Ou encore à Eric Burdon, chanteur des Animals et de War, qui avait, dit-on, l’habitude de casser des oeufs sur le dos de ses partenaires sexuels.
  • Une suite de syllabes étranges, “Goo goo g’joob”, qui découlerait de cette formule de James Joyce dans Finnegan’s Wake: “old Kong Gander O’Toole of the Mountains or his googoo goosth she seein, sliving off over the sawdust lobby out of the backroom”. Lennon n’a jamais confirmé. On sait en revanche qu’il a lu Joyce en général et Finnegan’s Wake notamment. Quoi qu’il en soit, ça n’en explique pas la signification…
  • Quelques vers de Shakespeare… La voix enregistrée à la fin de la chanson déclame: “Slave, thou hast slain me, villain take my purse, if ever thou wilt thrive, bury my body, send my letters to Edmund, Earl of Glouscter, Seek Him out among the British Party, Oh Untimely Death!” (Le Roi Lear).
  • Une brouette d’autres références plus ou moins obscures…

Son oeuvre terminée, John Lennon (assez fier de lui, on l’imagine…) aurait déclamé: “Let the fuckers work that one out”. Reste une fabuleuse chanson pop, une bonne blague d’un musicien plus amusant et amusé que ce qu’il a bien voulu faire croire par la suite. Pour s’en convaincre: “Expert textpert choking smokers, don’t you think the joker laughs at you ?”

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walruspochette.jpg“I am the Walrus” est présente sur Magical Mystery Tour, ainsi qu’en face B de “Hello, Goodbye”, chanson un peu niaise et beaucoup moins drôle signée McCartney.

– Oasis a repris plusieurs fois la chanson en concert, et l’a enregistrée. Elle est présente en face B du single “Cigarettes & Alcohol” et sur le (trés bon) recueil de faces B The Masterplan.

– Des références plus ou moins explicites au Walrus sont présentes notamment dans The Big Lebowski des frères Coen, The Million Dollar Hotel de Wim Wenders, Les Simpsons, et Haroun et la mer des histoires de Salman Rushdie.

4 February, 2006 - Posted by | 60's, music, pop

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